Déconnectée.

Déconnectée, je le serai dès demain, alors que nous partirons en famille pour un séjour de trois nuits dans le bois, dans un chalet du Parc national des Grands Jardins. Pas d’électricité. Pas d’Internet. Pas de cellulaire. Pas d’ordinateur portable. Pas de tablette. Pas de console de jeux pour les enfants. Rien de ce que la modernité nous offre chaque jour.

On m’aurait proposé ce genre de séjour il y a deux ans et j’aurais été pétrifiée. Pourtant, depuis que j’ai vécu l’expérience l’an dernier, l’envie de récidiver m’habite en permanence.

La technologie et moi

Née en 1977, je ne suis pas ce que l’on appelle une Digital Native. J’ai attendu d’être étudiante à la maîtrise pour acheter mon propre ordinateur. C’est dire que j’ai complété quatre années d’université en écrivant mes travaux à la main pour ensuite demander à un ami ou une secrétaire de les dactylographier. Pire encore, j’ai été prise de panique lorsque j’ai entendu parler d’Internet pour la première fois, convaincue que cette invention contribuerait à anéantir tout lien social sur Terre.

Je vous rassure, j’ai évolué au rythme de la société qui m’entoure et mon regard sur  les « nouvelles technologies » a considérablement changé au cours des dernières décennies. J’irais même jusqu’à dire qu’elles prennent désormais une place de choix dans mon quotidien. Mon emploi de professeure nécessite que je passe la majorité de mes journées devant un ordinateur et que je réponde quotidiennement à de nombreux courriels.  Au cours des dernières années, j’ai aussi adapté les cours que je dispense en classe afin de les donner en ligne. J’étais sceptique au début, mais je suis aujourd’hui une adepte du e-learning. Depuis la naissance de mon blogue il y a un an, les heures que je passe devant un écran se sont multipliées. Bien sûr, cette augmentation s’explique par le travail d’écriture qu’un blogue implique, mais aussi par la présence accrue des blogueurs sur les réseaux sociaux. J’ai rapidement compris qu’il ne suffit pas d’écrire pour avoir des lecteurs; il faut aussi développer une communauté. Afin de diffuser mes publications, j’ai donc créé des comptes Twitter et Instagram qui sont venus s’ajouter à ma présence déjà hyperactive sur Facebook.

Bref, tout doucement et de façon insidieuse, je suis devenue « hyper-connectée ». Que ce soit au travail, pendant mes loisirs ou lors de mes voyages, mon ordinateur portable et mon IPhone ne sont jamais bien loin…

Faire une cure des technologies, une nécessité?

Tout le monde a déjà entendu parler de cyberdépendance, un terme très en vogue depuis les années 2000. Aujourd’hui, on ne parle pas seulement de dépendance à des substances (alcool, drogues, médicaments), mais aussi de conduites addictives. C’est donc dire que l’on peut développer une dépendance à une substance, mais aussi à un comportement (que ce soit le jeu, le recours à la chirurgie plastique ou l’utilisation des nouvelles technologies).

Bien sûr, la plupart des gens vont boire de l’alcool ou utiliser les médias sociaux sans développer une dépendance. Je considère que c’est mon cas. Malgré tout, sans développer une dépendance à proprement parler, la ligne est parfois mince entre un usage récréatif et un usage abusif ou à risque. C’est dans ces moments que l’idée d’une cure peut se faire sentir. Comme on peut avoir envie de faire une pause d’alcool après un week-end festif ou d’arrêter de manger du fast-food après la prise de quelques kilos, on peut avoir envie de se « déconnecter ». Cette envie s’impose de plus en plus comme une nécessité dans mon esprit.

Me déconnecter pour être plus connectée

J’ai récemment vécu deux expériences qui ont augmenté mon besoin de faire une pause de ma vie virtuelle. D’abord, alors que je découvrais la Corée du Sud il y a quelques semaines, mon séjour dans un temple bouddhiste m’a fait réaliser à quel point j’avais envie de calme et de repos. Ce besoin s’est amplifié hier, lors de ma visite à Uashassihtsh, un site de transmission culturelle ilnu situé au Québec, dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. En visitant les différents plateaux d’animation recréant la vie des Amérindiens entre les années 1910 et 1930, j’ai ressenti un besoin urgent de me déconnecter de la vie moderne pour être mieux connectée à ce qui m’entoure.

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J’ai envie de savourer des plaisirs simples, en prenant conscience des merveilles naturelles qui m’entourent : le chant des oiseaux, la sensation de l’herbe fraîche sous mes pieds, le vent qui souffle dans mes cheveux, la vue magnifique du soleil qui se couche sur le lac, la fraîcheur d’une nuit étoilée, le rire des enfants qui jouent dehors, le feu de camp qui crépite et sur lequel nous faisons dorer quelques guimauves… J’ai alors l’impression de quitter la culture de l’immédiateté dans laquelle je baigne tous les jours pour prendre le temps de me poser en étirant les minutes pour le simple plaisir de ne rien faire. À mes yeux, il y a quelques chose de satisfaisant à l’idée de prendre le temps de pêcher mon propre poisson, de cueillir quelques champignons qui l’accompagneront, les nettoyer, les cuisiner pour finalement les manger (heureusement que des pêcheurs doués m’accompagnent!). Lors de ces instants rythmés par la nature, j’ai le sentiment de me centrer sur l’essentiel, ma famille et mes amis, sans distraction extérieure. Juste nous, quelques jeux de société, des livres, des carnets pour écrire et dessiner, des éclats de rire et la nature qui nous en met plein la vue…

Et vous, il vous arrive de vous « déconnecter »? Pour aller où?

9 réflexions sur “Déconnectée.

  1. Difficile pour moi d’imaginer faire mes travaux d’université sans ordinateur! Ouf!

    Aujourd’hui, c’est aussi mon principal outil de travail pour un de mes emplois (heureusement, l’autre m’amène à être en contact avec des humains en chair et en os). Pendant que tu seras déconnectée, j’aurai le nez dans mon écran, les yeux vissés sur un rapport de recherche (dans un domaine que tu connais bien, hihi!). Par chance, je peux travailler un peu à l’extérieur!

    J’ai vécu une certaine déconnexion durant nos deux mois à Bali, les connexions étant la plupart du temps déficientes, nous devions acheter des données précieuses pour le travail de l’homme (qui a besoin d’un Internet de compétition, contrairement à moi qui peux m’en passer ici et là). Mon accès étant limité, on aurait pu appeler ça une désintoxication à un Internet toujours accessible, plus qu’une déconnection à proprement parler. J’essaie d’en faire un usage plus posé désormais. Pas facile, mais possible!

    Allez! Bonne déconnection!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci Bianca pour ton commentaire. J’ai eu une pensée pour toi en écrivant ce billet. Je te lis avec assiduité depuis près de deux ans et je trouve que tu es un bon exemple de dosage. Je suis certaine que tu arrives à te déconnecter quand c’est le temps de le faire. 🙂
      Je suis curieuse, sur quel sujet le rapport de recherche?

      J’espère que tu profites bien de l’été au Québec après tes six mois en Asie! 🙂

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  2. Je profite de cet été au ralenti, vraiment, c’est un délice cet été québécois 😉

    C’est un (« des », en fait, mais un à la fois, hein!) rapport de recherche et une thèse dans le domaine des sciences sociales (travail social). Un beau défi pour une langagière que de travailler pour une doctorante d’une autre faculté!

    Aimé par 1 personne

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