À la fin de la semaine, fiston (4 ans), que je surnomme affectueusement mon « bébé du désert » devra se présenter à sa nouvelle classe à l’aide d’un sac (All about me bag) dans lequel il doit placer quatre objets afin de se décrire. Outre une ceinture de karaté, qui lui permet de présenter un sport qu’il pratique depuis près de deux ans, il s’est tourné vers les objets suivants :

  • Un leurre de pêche (Toronto Wobbler) pour illustrer cette activité qu’il adore partager avec son père, son frère et son grand-père au Québec.
  • Une peluche en forme de dromadaire, pour parler de sa naissance aux Émirats Arabes Unis.
  • Une petite Tour Eiffel, pour expliquer aux amis qu’il est Français en plus d’être Québécois.

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    Se définir en 4 objets : mission accomplie… ou presque!

C’est avec joie et étonnement que j’ai constaté que plusieurs de ses choix se sont naturellement portés vers des objets qui évoquent ses appartenances culturelles multiples.

Doit-on y voir l’indice d’une troisième culture?

Comme plusieurs mamans ayant vécu des expériences d’expatriation familiale, je me suis intéressée au phénomène de la troisième culture chez les enfants (Third Culture Kids, aussi appelés Global Nomads). Je ne veux pas m’étendre sur le sujet dans ce billet (je le ferai bientôt dans une autre publication sur le blogue), mais en gros, ce phénomène a été décrit par des sociologues (notamment David C. Pollock) en référence au vécu d’enfants de militaires, de diplomates ou d’expatriés. Tout en s’adaptant au pays où ils vivent (seconde culture), ces derniers fonctionnent à la maison avec leur culture d’origine – ou celle de leurs parents (première culture), tout en se créant une troisième culture qui leur est propre.

Dans notre cas, c’est un peu plus compliqué. Papa est Français et maman est Québécoise; des cultures similaires, certes, mais loin d’être identiques. À ce jour, cette superposition d’appartenances a surtout été visible chez mon fils aîné. En plus d’avoir à composer avec une double nationalité, ce dernier a vécu trois années de sa vie à Dubaï en étant scolarisé dans un lycée libanais. À l’époque, il clamait haut et fort qu’il était à la fois Québécois, Français et Libanais, alors qu’il n’avait jamais mis les pieds au Liban. Comme quoi l’identité est une notion relative qui se compose d’une foule d’éléments!

Mais mon fils cadet a quitté trop tôt le « pays des dromadaires » pour que ce dernier laisse une trace aussi importante dans sa mémoire. Bien qu’il soit né aux Émirats Arabes Unis, il a quitté ce pays à 22 mois et n’en conserve aucun souvenir précis. Pourtant, ce pays demeure très important à ses yeux.

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Premier road-trip dans le désert, à deux mois

 

Quand les photos et les lectures alimentent les souvenirs…

Encore plus que son frère aîné, « mon bébé du désert » adore que je lui raconte le pays de sa naissance et de ses premiers pas. Depuis que nous sommes de retour au Québec, nous lui montrons régulièrement des photos de cette période de sa vie. Curieux, il nous pose de multiples questions sur Dubaï, nos escapades dans le désert et les anecdotes liées aux différentes fêtes vécues là-bas. En attendant d’y retourner visiter nos amis, c’est notre façon de garder ce pays vivant dans son cœur d’enfant. Et ça semble bien fonctionner!

Outre les photos, les albums et les anecdotes, fiston aime aussi lire des histoires qui évoquent le pays où il est né. Dans le cadre du club de lectures « À la conquête du monde », initié par Tiphanya du blogue Avenue Reine Mathilde, nous avons récemment replongé dans deux livres que nous avions achetés à Dubaï et que mon fils aime tout particulièrement.

Le premier, « Ali et le chameau » (écrit par Fay Gabriel), raconte l’histoire d’un petit garçon Bédouin prénommé Ali qui rencontre un dromadaire dans le désert. En pleurs, ce dernier dit au garçon : « personne ne m’aime ». Pour lui prouver le contraire, Ali lui explique à quel point il est important pour sa survie et celle de sa famille et lui pose ensuite différentes questions sur ses caractéristiques physiques. En plus d’être écrit en trois langues (français, anglais et arabe), ce livre est joliment illustré et permet aux enfants de se familiariser avec quelques termes arabes.

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Le deuxième, « L’Aventure de Pierre en Arabie » (écrit par Janice Edgar) demeure notre lecture préférée. Ce livre raconte l’histoire de Pierre, une oie du Canada devant quitter son pays pour des contrées plus chaudes. Seul pour une première fois afin de vivre cette aventure, Pierre arrive finalement à Dubaï où il rencontre un papillon. Ensemble, ils visitent le célèbre émirat à la recherche de son cœur. À travers le désert, les wadis, les plages, les souks et les mosquées, les nouveaux amis entraînent leurs lecteurs pour un tour des plus beaux attraits de Dubaï. Le livre est à la fois beau et touchant, tout en demeurant simple et accessible pour les petits.

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Bref, ces différents outils (photos, albums, etc.) permettent d’alimenter la curiosité et l’intérêt des enfants en lien avec leurs différentes appartenances. J’en parle ici en lien avec mon fils cadet, mais j’aurais aussi pu référer à mon aîné pour qui nous avons utilisé des outils similaires, qui se sont révélés tout aussi efficaces pour qu’il garde en tête ses origines françaises et québécoises alors que nous étions à l’étranger.

Des appartenances multiples à cultiver

J’aimerais être un petit oiseau pour me faufiler dans la classe de mon fiston vendredi et entendre le portrait qu’il dressera de lui-même à l’aide des quatre objets déposés dans son sac… L’identité se construit et se transforme au fil des expériences, des lectures et des rencontres. À mes yeux, plus ces expériences et ces rencontres sont nombreuses, plus les enfants développent une ouverture d’esprit, une capacité d’adaptation et une tolérance vis-à-vis les différences (à condition, évidemment, qu’elles soient bien vécues). À travers nos voyages et nos souvenirs, c’est ce que je souhaite léguer à mon « bébé du désert » : tellement d’expériences nouvelles qu’il n’aura bientôt plus assez d’un petit sac pour les placer! Mais d’abord et avant tout, je souhaite que mes enfants revendiquent l’ensemble de leurs appartenances, sans les compartimenter. J’aimerais qu’ils persistent à se définir de façon positive et non en rejetant d’emblée ce qui semble différent et qui, pour cette unique raison, peut parfois faire peur et susciter le rejet.

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Fiston, peu de temps avant notre retour au Québec, prêt pour de nouvelles aventures

 

18 comments on “Mon bébé du désert

  1. Je suis certaine que tes enfants n’auront pas de difficulté à embrasser leur culture unique composée de plusieurs lieux et situations 😉

    Maëva a quitté Melbourne à 23 mois et n’y est resté qu’une seule année. Elle ne se souvient de rien, et pourtant, il semble qu’une partie d’elle s’y soit attaché (ce qui ne semble pas arriver avec l’Asie, où on a été plus nomades)… Elle pose des questions, aime savoir c’était comment quand on vivait là-bas, ce qu’elle faisait, à quel parc on allait. Son prof d’anglais trouve qu’elle un petit accent différent des autres et pas d’ici (mémoire auditive?) même…

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    • Eve Pouliot

      C’est spécial en effet… Je pense qu’il y a plusieurs types de mémoires, comme tu le dis si bien. J’ai vécu en Europe de mes 3 à 8 ans. Lorsque je suis retournée sur certains lieux de mon enfance, ce sont surtout les odeurs qui me rappelaient des souvenirs. C’était émouvant…
      Merci pour ton petit mot. 🙂

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  2. Maman-Tout-Terrain

    Ah oui, c’est tres chouette quand les enfants se reconnaissent dans la multiplicite de leurs origines. Chez nous, les garcons se disent Francais et Thais.
    Chez eux, plus de restes malheureusement de la Chine… J’espere bien que nous y retournerons vivre un jour, du coup (car c’est moi qui me sens partiellement Chinoise, hihihi)!

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    • Eve Pouliot

      Vous êtes restés longtemps en Chine?
      Parfois, les souvenirs ne semblent pas émerger lors de discussions, mais ils explosent en retournant sur les lieux de notre enfance. Ce sera peut-être le cas de tes garçons! 🙂
      Merci pour ton passage ici.

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      • Maman-Tout-Terrain

        J’ai vecu 7 ans en Chine et nos deux aines y sont nes. Quand nous avons quitte la Chine, Petit-Un avait deux ans et Petit-Deux quatre mois… Pour notre grand du coup on pourrait s attendre a ce qu il ait des souvenirs du meme ordre que ton « bebe du desert »… c’est surtout ca qui m’intriguait 🙂

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      • Eve Pouliot

        Je comprends. Je pense que les souvenirs de mon fils cadet (mon bébé du désert) sont surtout créés par nos photos, albums et histoires; il ne se rappelle pas vraiment son séjour là-bas, mais ce que nous lui avons raconté sur le sujet. J’ai bien l’intention d’y retourner avec lui dans les prochaines années pour voir ses réactions et lui présenter le pays de sa naissance. 🙂

        Et sinon, vous êtes où maintenant?

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      • Maman-Tout-Terrain

        Nous quand on leur montre les photos… ils s’extasient devant les ascenseurs! C’est bien la peine d’aller a l’autre bout du monde!
        Maintenant nous sommes en Thailande. Peut-etre une difference d’environnement moins flagrante fait-elle que nos enfants s’interessent moins a leur pays de naissance?
        J’espere en tout cas y retourner avec eux, et si possible retourner y vivre en famille, car j’ai vraiment eu un coup de coeur pour ce pays 🙂

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      • Eve Pouliot

        La Chine est un pays que je ne connais pas encore, mais que j’aimerais beaucoup découvrir. Comme tu le dis si bien, tes enfants sont sans doute moins curieux en raison de la similitude entre leur pays de naissance et celui où ils résident actuellement. De notre côté, la différence est vraiment importante à plusieurs niveaux, notamment en ce qui concerne le climat. Nous sommes rentrés au Québec en pleine canicule (il faisait plus de 30 degrés) et les garçons réclamaient des « chandails chauds »… Mais heureusement, ils se sont rapidement adaptés. N’empêche que le désert demeure très exotique à leurs yeux, surtout pour mon plus jeune… À l’époque où nous étions à Dubaï, ce sont les vaches qui les fascinaient lorsque nous allions en France (en revanche, les dromadaires n’avaient plus aucun intérêt pour eux). Comme quoi on s’habitue à tout! 😉
        Dans la même veine que l’ascenseur, notre fille de 22 mois a surtout été fascinée par les bus et les chats lors de notre récent voyage en Corée. 😉

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      • Maman-Tout-Terrain

        C’est amusant de trouver tant de similitudes dans nos experiences… En France nos garcons sont passionnes par les poules, et plus du tout par les elephants 😉
        En tout cas c’est super chouette de lire l’epanouissement de tes enfants et de ta famille, d’un lieu a l’autre, au fil de ton blog!

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      • Eve Pouliot

        Merci beaucoup, ça me touche énormément. Je découvre ton blogue depuis peu et j’aime aussi beaucoup ce que tu écris. Je vais suivre tes aventures avec assiduité désormais. 🙂

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  3. Très bel article ! Que c’est beau tous ces mélanges, ces rencontres, ça forge l’identité et l’ouverture d’esprit.

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  4. super article, ce sujet qui mérite débat est très bien traité

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    • Eve Pouliot

      Merci beaucoup, c’est très gentil. Il y a aussi des expériences moins positives, c’est certain. Tout dépend des contextes. Mais jusqu’à maintenant, j’ai surtout l’impression que mes enfants en retirent du positif. 🙂

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  5. tiphanya

    La construction de l’identité est vraiment très intéressante à observer. Vers 2 ans 1/2 ma fille avait l’impression d’avoir toujours été nomade et elle se disait « normal » ou « d’ici » (oui oui, on parle bien de nationalité). Puis vers 3 ans, elle a commencé à se dire française-qui-voyage. Depuis peu (elle a maintenant 4 ans 1/2) et alors que nous ne sommes plus nomades depuis 1 an 1/2, elle commence à se dire parisienne. Mais nous vivons en Alsace et elle-même a quitté la région parisienne a 22 mois.
    J’espère reprendre la route pour voir ce que la suite va donner.

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    • Eve Pouliot

      C’est drôle ce que tu dis. Je pense que je n’ai jamais vu mon fils aîné revendiquer autant son identité québécoise que lorsque nous étions à Dubaï. C’est peut-être une façon de garder des repères, d’assumer sa différence ou de se définir « a posteriori ». 🙂

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