Jordanie Moyen-Orient

Kerak et son château, 1000 ans d’histoire à 1000 mètres d’altitude

La Jordanie est un pays qui fait rêver plusieurs voyageurs. Je vous en ai parlé très brièvement dans des billets précédents, en vous présentant des activités à découvrir dans le désert (notamment le désert rouge du Wadi Rum), ainsi que des souks où flâner au Moyen Orient (dont le Souk by the Sea d’Aqaba). La Jordanie constitue également une destination prisée afin d’admirer les splendeurs du site de Pétra, de nager dans les profondeurs marines de la Mer Rouge ou encore de flotter dans la Mer Morte. Au cours des prochains mois, j’aurai l’occasion de revenir sur les nombreux atouts de ce pays magnifique. Mais au-delà des sites mieux connus des touristes, j’ai aujourd’hui envie de vous faire découvrir la ville de Kerak (ou Karak), qui se caractérise par plus de 1000 ans d’histoire, à 1000 mètres d’altitude… Et qui constitue une halte fort intéressante entre le site de la Mer Morte et celui de Pétra, notamment afin de visiter son château croisé, édifié au XIIe siècle.

Kerak, une halte parfaite lors d’un road trip entre la Mer Morte et le site de Pétra

Alors que nous étions en route vers Pétra, après un séjour au bord de la Mer Morte, un arrêt s’est imposé dans notre itinéraire. Nous roulions depuis plusieurs kilomètres dans un calme absolu, lorsque le charme s’est rompu subitement avec les hurlements de mon fils cadet, qui se réveillait mécontent (en raison de la chute de sa fameuse suce, que nous appelons « tototte » dans notre famille),  tirant du même coup son grand frère du sommeil… avec un mal de cœur en prime pour ce dernier! Ça va, ce n’est pas le premier revirement de situation qui s’imposait à nous en voyage… Et ce ne serait pas le dernier (lire à ce sujet notre article sur le côté obscur de nos dernières vacances). Comme nous sommes des parents plein de ressources (lire : allergiques aux odeurs post-vomissements), nous avons convenu, après un bref coup d’œil à notre Lonely Planet, qu’il serait très intéressant – et pratique – de faire un petit arrêt pour visiter le château de Kerak. Et ce fut une idée carrément géniale!

Notre arrêt à Kerak, lors de notre road trip entre la Mer Morte et Pétra
Notre arrêt à Kerak, lors de notre road trip entre la Mer Morte et Pétra
Road trip vers Pétra, le calme absolu avant que le charme soit rompu
Road trip vers Pétra, le calme absolu avant la tempête

Une ville animée, entre saveurs locales et tourisme

Arrivés à Kerak, nous nous sommes retrouvés dans un centre-ville convivial et animé, où trône fièrement la statue de Saladin. Nous avons eu tout le temps nécessaire pour admirer cette statue du premier dirigeant de la dynastie ayyoubide, puisque nous sommes restés coincés à sa hauteur dans un embouteillage monstre. Ce fut toutefois l’occasion de nous imprégner de l’ambiance un peu chaotique du centre-ville, où l’on retrouve beaucoup de locaux qui viennent boire un café, acheter des épices et des légumes ou flâner dans les boutiques de vêtements. Les femmes portaient de longs manteaux et cachaient leurs cheveux sous de jolis foulards qui leur encadraient le visage… Tandis que les hommes nous dévisageaient, les enfants et moi surtout, surpris et curieux de voir nos teints et cheveux clairs (sans animosité toutefois, je tiens à le préciser).

La statue de Saladin, dans le centre-ville de Kerak
La statue de Saladin, dans le centre-ville de Kerak

Une fois arrivés à proximité du château de Kerak et dans les rues environnantes, nous avons trouvé de nombreux restaurants et hôtels destinés aux touristes. Nous avons stationné notre voiture devant le Kir Heres Restaurant, où le chef (également propriétaire) propose un menu mariant des spécialités locales et une cuisine européenne. À l’époque où nous avons visité Kerak (2013), c’était le seul établissement de la ville qui vendait de l’alcool. Lorsqu’il a appris les origines françaises de mon mari, le propriétaire a insisté pour nous faire goûter un vin blanc produit localement… Un peu trop sucré à notre goût, mais l’ambiance était fort sympathique et nous y avons passé un moment agréable.

Kir Heres Restaurant, à proximité du château de Kerak
Kir Heres Restaurant, à proximité du château de Kerak

Un emplacement stratégique, à 1000 mètres d’altitude

La ville de Kerak repose sur un plateau triangulaire, à environ 1000 mètres d’altitude. Occupant la pointe Sud de ce plateau, le château de Kerak avait été construit, à l’origine, afin de contrôler les voies commerciales et l’exploitation des terres agricoles par les Francs. Élevé sur un piton rocheux et séparé de la ville par un fossé artificiel creusé dans la roche, son emplacement stratégique faisait en sorte qu’il était jugé imprenable. Aujourd’hui encore, bien qu’il ne reste que quelques vestiges de son glorieux passé, le château de Kerak offre une vue splendide sur les  vallées naturelles qui le bordent ainsi que le village d’Al-Shabiya.  C’est d’ailleurs ce que nous avons remarqué en premier en arrivant sur le site, complètement éblouis par le panorama qui s’offrait à nous.

La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak
La vue sur les environs, château de Kerak

Plus de 1000 ans d’histoire à raconter…

Le château de Kerak s’étend sur 220 mètres de longueur, pour une largeur variant de 125 à 40 mètres. L’ancienne entrée, Crusader’s Gate, n’étant pas ouverte au public, nous avons pénétré dans le château en empruntant l’entrée principale, Ottoman’s Gate, accessible par le biais d’un petit pont traversant un fossé sec.

Mes trois hommes devant l'entrée principale du château de Kerak (Ottoman's Gate)
Mes trois hommes devant l’entrée principale du château de Kerak (Ottoman’s Gate)

Une fois sur les lieux, nous avons accepté avec joie l’offre de visiter le château avec un guide. Très sympathique, celui-ci nous a fait découvrir le site en nous parlant de sa riche histoire. Nous avons ainsi appris que dès l’âge de fer, le site d’Al-Karak constituait un lieu important pour les Moabites, qui nommèrent l’endroit Qir of Moab. Par la suite, la ville fut conquise par des Nabatéens et, vers 105, par l’Empire romain. À la fin de l’Empire byzantin et au cours de la période islamique, un mur fortifié fut érigé tout autour de la ville. Malgré tout, c’est au temps des Croisades que le site devint particulièrement important. En 1142, Payen Le Bouteiller, seigneur d’Outre-Jourdain, débuta la construction du château de Kerak, qui se continua jusqu’aux années 1160, sous le règne de Philippe de Milly. L’héritière de ce dernier épousa Renaud de Chatillon, en 1176, un homme qui joua un rôle important dans l’histoire de Kerak. Reconnu comme un être barbare, il multiplia les provocations envers le peuple musulman. Pendant son règne, le château fut donc assiégé à trois reprises par l’armée de Saladin, ce qui mena à la capitulation des Croisés et à la victoire des Ayyoubides, en 1188. C’est à ces derniers que l’on doit aujourd’hui les plus importants vestiges architecturaux du château. Au siècle suivant, la forteresse fut prise par les Mamelouks, qui s’en servirent d’entrepôt, de chambre du trésor ainsi que de prison. Sous le règne des Ayyoubides et des premiers sultans mamelouks, le château fut l’objet de nombreuses rénovations et de grandes tours ont alors été ajoutées aux fortifications de la ville. Pendant cette période, l’accès à la ville se faisait par le biais de passages souterrains qui sont encore visibles aujourd’hui. Au début du XVIe siècle, à la suite de l’effondrement du pouvoir mamelouk, Kerak fut de plus en plus en marge du nouvel Empire ottoman. La route du pèlerinage vers La Mecque fut alors déviée de la ville, ce qui diminua du même coup son importance géopolitique. Finalement, la grande révolte arabe entraîna la fin de la domination turque, en 1918.

Notre fils aîné avec le guide du château de Kerak
Notre fils aîné avec le guide du château de Kerak

Bref, à travers l’histoire, le château de Kerak a fait l’objet de différentes conquêtes qui font en sorte que son architecture semble aujourd’hui hésiter entre des influences européennes, byzantines et arabes. Alors que certains murs évoquent la maçonnerie sombre des Croisés, d’autres rappellent plutôt la finesse arabe avec des blocs de calcaire plus légers. Bien qu’il soit endommagé en surface, le château offre de magnifiques vestiges souterrains, où les Croisés parvenaient à trouver de la fraîcheur en été. Pour profiter au maximum de votre visite, n’oubliez pas de vous munir d’une lampe de poche

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Les ruines du château de Kerak
Les ruines du château de Kerak
Les ruines du château de Kerak
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Les ruines du château de Kerak
Faisceau de lumière sur notre fils aîné, dans le sous-sol du château de Kerak
Faisceau de lumière sur notre fils aîné, dans le sous-sol du château de Kerak

En terminant, voici quelques clichés qui ont été pris lors de notre road trip entre Kerak et Pétra. Épuisés par la visite du château, les garçons ont dormi à poings fermés, ce qui nous a permis de profiter paisiblement des magnifiques paysages qui se succédaient devant nos yeux : certains désertiques, d’autres rocheux, et même quelques espaces de verdure. Une très belle journée sur la route quoi!

Nous poursuivons notre road trip vers Pétra
Nous poursuivons notre road trip vers Pétra
Des paysages désertiques, en route vers Pétra
Des paysages désertiques, en route vers Pétra
Des paysages rocheux, en route vers Pétra
Des paysages rocheux, en route vers Pétra
Un peu de verdure, en route vers Pétra
Un peu de verdure, en route vers Pétra

6 comments on “Kerak et son château, 1000 ans d’histoire à 1000 mètres d’altitude

  1. J’adore ! Je pense que j’ai raté quelque chose, j’aimerais retourner en Jordanie pour approfondir ma découverte … passionné d’histoire et je suis pas passé par Kerak … maudit ! Je lis en ce moment un livre sur Renaud de Chatillon, merci pour cet article c’est dans mes cordes !

    Aimé par 1 personne

    • Maman sur 4 continents

      Merci beaucoup! 🙂 J’aimerais aussi y retourner pour visiter le site de Jerash que nous n’avions pas eu le temps de découvrir lors de notre séjour.

      Aimé par 1 personne

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